Les horaires atypiques: des conséquences physiques et psychiques importantes

1 décembre 2009
Par Aurélien Matte, ergonome IPRP

Les horaires atypiques concernent deux français sur trois. Ce chiffre étonnant découle de la transformation du marché du travail ces 30 dernières années qui sollicite de plus en plus une flexibilité du temps de travail. Selon une étude de la DARES en 2005, 19% des français travaillent habituellement de nuit ou le week-end, 17,5% travaillent à temps partiel, 10% de façon occasionnelle et 10% ont des horaires longs et flexibles.
La récente loi sur le travail du dimanche condamne à une intensification des horaires atypiques.

La conception d’une semaine de travail typique s’assimile à un poste s’étendant du lundi au vendredi, de 7h à 20h, 35h à 44h par semaine, avec deux jours de repos successifs. Dans ce sens, les horaires atypiques représentent tout ce qui s’en démarque: les plus connus sont le travail posté, de nuit, de fin de semaine, avec des horaires et des jours variables, y compris des coupures de durées variables et répétées dans la journée. En effet, les jours de travail peuvent être morcelés; une partie tôt le matin, une autre partie en fin de journée, la grande distribution abuse de telles pratiques pour les caissiers et les femmes de ménages.
Les secteurs touchées sont nombreux: la restauration, le commerce, les transports, la santé, ne sont que quelques exemples. Les industries qui doivent produire 7/7j et 24/24h sont particulièrement touchées. Les horaires alternés jour/nuit avec des changements chaque semaine sont les plus défavorables car les opérateurs n’ont jamais le temps de s’adapter au rythme.

Tous les hommes ne sont pas égaux face aux horaires atypiques. Bien que certaines personnes présentent une tolérance particulièrement forte, la perturbation du rythme biologique a des répercussions importantes pour la santé de la plupart des gens.
Les conséquences connues sur la santé physique et psychique sont les suivantes:
-une diminution de la vigilance,
-une diminution du temps de réaction,
-des troubles du sommeil (qui croient avec l’âge),
-des troubles digestifs,
-une tendance à l’irritabilité, nervosité, surexcitation, voire dépression,-la prise de poids,
-l’apparition de maladies graves (maladies digestives et cardiaques),
-dont une probabilité de cancer (d’après le Circ en 2007).

Notons que si le nombre d’accidents diminue lors des horaires atypiques, ils sont néanmoins bien plus graves. Un opérateur ne réagira pas forcément de la même façon à un aléas de jour et de nuit. Si sa vigilance et son temps de réaction baissent, la probabilité de détection des signaux précurseurs d’un aléa seront moindres ou tardifs et l’incident ne sera pas régulé. L’étude de la DARES a montré que la probabilité d’accidents augmente de 40% si les 48h de repos successifs hebdomadaires ne sont pas respectés. Le salarié peut aussi exposer ses collègues lors de co-action ou coopération, ainsi que la production qui pourrait être endommagée.
Le lien entre horaires atypiques et cancer est une découverte récente. En 2007 le Circ a classé les horaires décalés comme « probablement cancérigène pour l’homme »; début 2009, le Danemark a indemnisé 37 femmes dont les cancers du sein seraient liés à leurs horaires.

Au delà des aspects physiques, il faut bien mesurer l’impact psychique. La vie extra-professionnelle est fortement perturbée dans le sens où peu d’activités et de loisirs sont partagés en famille ou entre amis. La vie familiale subit l’irritabilité, les cas de dépression ou autres maladies graves. Remarquons tout de même que si les effets psychiques sont importants, elles semblent bénéficier aux personnes qui ont fait le choix de tels horaires en adaptation avec leur mode de vie (cohérence entre la vie professionnelle et extra-professionnelle).

Un suivi médicale régulier et rigoureux est le premier pas vers la prise en compte de cette contrainte afin de suivre la santé physique et psychique, et la tolérance de chaque salarié. Mais il faut surtout prévenir tout risque en mettant en place une culture de prévention. Une évaluation des risques professionnels et faire les aménagements adaptés sont inévitables. Si l’aménagement des horaires est nécessaire, certains contextes rendent ces actions difficiles. Dans tous les cas, il faut associer les salariés aux discussions concernant la modalité des horaires, et s’assurer de leur accord.