Ambiance physique: le bruit comme pollution sonore dans les entreprises

14 janvier 2010
Par Aurélien Matte, ergonome IPRP

L’Afnor définit le bruit comme « toute sensation auditive désagréable ou gênante, tout phénomène acoustique produisant cette sensation, tout son ayant un caractère aléatoire qui n’a pas de composantes définies ». En effet, les conséquences sur la santé des travailleurs sont nombreuses, et c’est en ces termes que le bruit est appréhendé comme quelque chose de nuisible. Cependant il ne faut pas oublier que l’ambiance sonore, comme la vision, peut être une source importante d’informations sur l’état ou l’avancement du système que l’opérateur utilise. Notre approche ne sera donc pas de neutraliser tous les sons, mais d’en diminuer l’intensité pour préserver la santé de l’opérateur tout en conservant les informations sonores significatives.

Nous pouvons parler de nocivité en tenant compte de trois paramètres: la fréquence, le niveau sonore ainsi que la durée d’exposition. Selon la communauté européenne (directive 2003/10/CE), la valeur moyenne de 80 dB (A*) sur une journée de 8h peut mener vers un danger auditif à long terme. Au delà de 87 dB (A) le danger auditif à long terme devient une certitude.
Le décret 2006-892 du 19 juillet 2006 transpose cette directive européenne 2003/10/CE en France et oblige l’employeur de mettre à disposition des protections à partir de 80 dB (A) en moyenne pour une exposition quotidienne de 8h et 135 dB (A) en crête. L’employeur doit alors identifier les salariés concernés et mettre en place un suivi médicale, des informations et des formations.
L’employeur est tenu de contrôler le port des protections à partir de 85 dB (A) pour une journée de 8h et 137 dB (A) en crête, de mettre en place des aménagements techniques et/ou organisationnels adaptés et des signalisations dans les zones concernées.
Dans tous les cas, l’exposition des travailleurs ne doit pas dépasser 87 dB (A) en moyenne au quotidien avec des crêtes à 140 dB (A).
La durée maximale d’exposition avant de nécessiter une action est divisée par 2 tous les 3 dB (A). En effet la pression d’air exercée sur le tympan double tous les 3 dB, autrement dit l’intensité est deux fois plus forte à 83 dB (A) qu’à 80 dB (A). Donc si la durée maximale d’exposition à 80 dB (A) est de 8h, elle est de 4h à 83 dB (A), 2h à 86 dB (A) et ainsi de suite.
Notons que le seuil de douleur est atteint à partir de 120 dB (A).
Au niveau de la fréquence, si notre oreille se montre plus sensible aux fréquences comprises entre 500 et 5000Hz, elle se montre aussi plus fragile.

Il existe deux types d’appareils pour mesurer l’ambiance sonore:
-le sonomètre: appareil muni d’un micro que l’on tient à la main, il mesure le niveau de pression acoustique à un instant donné: la mesure est alors ponctuelle. Il existe aussi des sonomètres plus évolués appelés sonomètres intégrateurs qui permettent d’établir une moyenne sur une période donnée, ce qui est plus favorable lors de déplacements dans un environnement sonore variable.
-l’audiodosimètre: petit appareil qui se porte à la ceinture relié à un micro fixé au col de l’opérateur. Très pratique lorsque l’activité présente des déplacements dans un environnement sonore variable, il permet d’avoir une moyenne sur un temps donné tout en suivant les variations de niveau sonore. Il se différencie du sonomètre intégrateur par sa fixation sur les vêtements de l’opérateur, au lieu d’être porté à la main par l’intervenant ergonome, et sa connexion à un ordinateur permet de récupérer un graphique avec l’évolution du niveau sonore par rapport au temps avec une nette apparition des crêtes.

Les conséquences du bruit sont nombreuses:
-Perte de concentration: si le type de situation ou encore la tâche effectuée influence le degré de gêne lié au bruit, il est difficile d’établir un seuil limite. Il semblerait toutefois que les premières conséquences peuvent se faire ressentir à partir de 60-65 dB (A). La compensation supplémentaire de concentration pour combler l’effet du bruit pousse vers une fatigue accrue.
-Stress
-Effet de masque: recouvrement des sons ambiants par un bruit continu d’une plus forte intensité. Nous pouvons imaginer des opérateurs qui s’entendent difficilement, même en élevant la voix, et mal comprendre des consignes orales ou des signaux sonores. Les risques d’accident s’accroissent.
-Hausse temporaire du seuil auditif (niveau minimal pour entendre), aussi appelée fatigue auditive: bien que les effets disparaissent presque complètement après une nuit de sommeil, nous pouvons nous questionner sur les conséquences à long terme si une fatigue auditive venait à se répéter. L’exposition aux dangers de l’environnement peut se retrouver plus élevée du fait d’une moindre sensibilité. Dans tous les cas il faut la voir comme un signal d’alarme qu’il ne faut pas ignorer.
-Hausse irréversible du seuil auditif: due à une exposition brève ou continue à un niveau sonore très élevé entrainant la destruction immédiate d’éléments de l’oreille, ou bien à une exposition répétée et prolongée à un bruit de niveau sonore supérieur à 80 dB (A). Les micro traumatismes de l’oreille mènent à long terme vers une surdité. Encore une fois, l’opérateur peut être amené à s’exposer à des risques physiques en ne percevant plus correctement les informations auditives de son environnement.
-Les acouphènes: se sont des sifflements ou encore des craquements générés par un mauvais appareil auditif. La perturbation de l’audition est une nouvelle fois liée à une exposition importante à des bruits excessifs.
La surdité est reconnue comme maladie professionnelle par le tableau 42.

Les moyens d’action dépendent de la nature du son. Les hautes fréquences sont par exemple plus faciles à contenir que les basses fréquences.
Si les EPI (« équipements de protection individuels » comme les casques et les bouchons d’oreilles) sont peu onéreux et faciles à mettre en place, leur efficacité trouve rapidement leur limite. Eux même sources de gênes physiques, leur protection varie énormément en fonction de leur pose, des mouvements de la tête de l’opérateur, et se trouvent généralement inefficaces face à des niveaux sonores supérieurs à 120 dB (A).
Les solutions qui agissent à la source du bruit sont donc fortement recommandées, mais elles demandent aussi un investissement de temps et d’argent plus important. Il y a le capotage qui enferme la source du bruit sous un capot et l’isole ainsi de l’extérieur, mais cela demande une faible activité sur la machine concernée. Un changement de process moins bruyant peut être envisagé, tout comme un entretien régulier du système et une ré-organisation du travail. Les matériaux absorbants sur les parois des locaux peuvent diminuer la réflexion du bruit, mais le niveau sonore sera toujours aussi élevé pour l’employé à proximité de la source sonore.
Il faut donc souvent allier plusieurs solutions afin d’avoir le meilleur résultat possible en fonction du contexte.

*Fréquence de pondération basée sur la courbe isosonique de l’oreille humaine